lundi 23 février 2009

À la manifestation...

Comme vous le savez, ici, c’est la grève des universités française, et il se trouve que mon pavillon, le Centre Censier, est généralement l’un de ceux qui s’enflamment le plus vite. Conséquence : Cette grève m’affecte beaucoup! Pour ne pas tout perdre, j’ai décidé de tirer profit de la situation et d’assister à une manifestation française, pour voir de quoi ça avait l’air! Bon, en réalité, j’allais voir si mon cours aurait lieu, le 5 février, mais puisqu’il était complètement désert et que la marche partait de mon pavillon vers ces heures-là, je me suis dit : pourquoi pas?

Bien sûr, lorsqu’on paie pour une éducation et qu’on refuse de nous donner des cours, c’est un peu frustrant, on se sent pris en otage. Pourtant, on ne peut pas nier que cette fois, les universités ont plutôt raison de descendre dans la rue et de crier. C’est que le président Sarkozy (ici familièrement appelé Sarko) ainsi que sa ministre, Précresse, ont décidé de faire passer une loi sur la réforme des universités (LRU) en consultant les principaux intéressés, bien sûr, mais sans écouter personne. La loi, pas tellement votée, donne le pouvoir aux dirigeants des universités sur les professeurs, réformant leur position de fonctionnaires d’État pour en faire des employés. Elle réforme aussi leur statut d’enseignants-chercheurs; je vous épargne les math, mais en gros, ça vise à donner une plus grande charge d’enseignement à un professeur qui ne publie pas assez selon certains critères, comme si c’était une punition. Ah, aussi, il vend les universités aux plus offrants; les compagnies qui y investiront n’auront pas de droit de décisions dans les universités qu’elles commanditeront… pendant cinq ans. Après? Suspense… De là une révolte immense contre la marchandisation de l’éducation.

En France, la grève est légale, mais assez régulée. Les manifestants doivent d’abord déposer un plan de défilé à la mairie qui doit l’accepter, interdit d’en déroger. On dérange la circulation, mais seulement dans telle et telle rue! Je trouve ça amusant, mais bon, c’est logique. Aussi, la grève est une question de masse, mais pas nécessairement de solidarité. Chaque individu a droit de choisir s’il fait la grève ou non, d’où certains cours qui se donnent et d’autres pas, et certains profs qui font la grève un jour et pas le lendemain. Chez nous, quand une association décide de faire la grève, tout le monde vote, mais si la majorité l’emporte, on s’y plie tous, non? C’est du moins ce que j’avais compris de nos propres grèves; si les professeurs s’arrêtent de travailler pour une journée, ceux qui donnent leurs cours malgré tout sont des briseurs de grève, non? Ici, c’est une décision individuelle, résultat, pas de consignes claires! Et pas un mot de la grève sur le site officiel de l’université!

En tant qu’étudiante étrangère, je me vois mal faire la grève moi-même, puisque ça n’est ni mon pays, ni mon université, ni mon président, mais ma position était bien représentée à la manifestation : pas dans l’action, mais je marchais à leurs côtés avec un regard bienveillant. Ça me donnait une meilleure perspective de la chose (et c’est plus pratique pour prendre des photos).

C’était une petite manifestation; seulement Paris et ses alentours. Les gens sont partis du Centre Censier, tranquillement, pour guider le défilé de mon école vers le point de rassemblement qui, je crois, était à Jussieu. L’atmosphère était casual et les gens disciplinés (autant que peut l’être une foule).

Nous les voyons ici passer devant le Jardin des Plantes.


Une fois rejoints par la foule, les caméras et les autres manifestants, ils se sont mis à chanter pour la caméra. « Pas de facs d’élite (bis), Pas de facs-poubelle (bis) à bas les facs concurrentielles! » sur l’air de « Oh when the Saints » était très populaire au début, mais ils ont varié avec le temps. J’aimais bien aussi celle-ci : « Précresse, si tu savais ta réforme où on se la met… /Au cul, au cul, aucune hésitation/Non, non, non à ta réforme bidon/Oui, oui, oui, à son abrogation (ou à notre éducation, selon les versions) ». Entrecoupés évidemment du très spirituel « Casse-toi pauv’con (x3) Casse-toi »… Bon, c’est un peu cru, mais je crois que ça vient du fait que Sarko avait envoyer promener avec ces mots un gars du peuple quelconque. Quelqu’un d’autre a voulu lui renvoyer la pareille, mais il a été poursuivi pour insulte publique… alors que Sarkozy, au-dessus de la loi, était intouchable… Et c’est lui qui brandit la justice comme fer de lance alors qu’elle ne s’applique pas à sa personne de président de la République… Un autre qui aurait pu être cool, c’était le « Et hop Sarko/Précresse, c’est toi qui va sauter » où les gens sautaient à « hop », mais comme seulement la première ligne chantait et sautait, l’effet était moins réussi. Sans compter les impromptus comme « On veut des lycées pour pas finir policiers! » Si c’est pas de la provocation ça!

Bref, un peu plus loin, je me suis trouvé un bon point pour regarder passer le défilé en hauteur, afin d’éviter le bain de foule et de cigarette, mais évidemment je me suis vite fait envahir par d’autres photographes et caméramans avec leurs cigarettes, donc j’étouffais un peu malgré tout. J’ai regardé le défilé depuis mon promontoire (un escalier de secours de mon université) du début à la fin; ça a pris environ une demi-heure pour qu’ils passent tous. Et c’était une petite manifestation! Quelques photos de tout ça…






Ensuite j’ai rattrapé la tête de la manifestation à son point d’arrivée, la mairie du 5e arrondissement. Les policiers attendaient sagement, avec boucliers et matraques, que la foule déborde, mais tout a bien été, alors je ne crois pas qu’ils aient eu à intervenir.



En conclusion, très grosse journée éminemment édifiante qui m’aura au moins appris que « Dans la chambre, y’a des députés/Qui se branlent toute la journée/La meilleure façon de lutter, c’est encore la nôtre/C’est d’ramasser les pavés et de les balancer » (sur l’air de « dans la troupe »). Qui l’eut cru!

4 commentaires:

  1. Haha, en lisant ton message, je ne pouvais pas m'empêcher de penser au petit guide de l'université qui disait quelque chose du genre: "évitez les grands rassemblements, surtout les manifestations". quoique ça doit être assez difficile à Paris. Allez, bonne chance avec la grève.

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  2. Wow, j'adore leurs slogans/chansons! Quelle belle créativité ces Français! En espérant que tu aies au moins quelques cours cette session... :P

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  3. Moi, ce que j'aime des Français, c'est qu'ils n'hésitent pas à aller dans la rue quand ça ne fait pas leur affaire. Tu ne leur passes pas n'importe quoi! Tout un contraste avec les peureux que nous sommes trop souvent. On se fait passer toute une forêt de sapins et on en redemande. Je crois que c'est notre bagage judéo-chrétien qui nous incite à tendre l'autre joue.

    En tout cas, toujours une bonne idée d'aller voir de près ce qui se passe... et j'espère moi aussi que tu auras bientôt des cours! En attendant, tu pourrais pondre un essai sur leurs slogans, ma foi, très imaginatifs et innovateurs! Ça change de So, So, So, Solidarité!

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  4. Bah, il fallait bien que je choisisse un angle d'approche, et comme je suis une littéraire... j'ai étudié ce qui contenait des mots ;) Les pancartes étaient cool aussi, j'ai pris des millions de photos en regardant passer la parade. Mais bon, je veux dire, si mon président (si j'avais un président) changeait les lois pour devenir dictateur, je me ferais pas prier longtemps pour descendre dans les rues non plus... Moi c'est surtout ça qui me révolte. J'admets qu'on en laisse beaucoup passer chez nous, mais c'est parce que nos dirigeants savent nous manipuler, ce sont toutes des petites choses qu'on laisse passer, pas des grosses affaires comme ça.

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